Le Jour d'Hier

Quelques lignes

Dix ans

May 19, 2020 — LjdH

Hier, j'ai revu un de mes anciens médecins. Ça m'a ramené dix ans en arrière. Ce n'est pas lui qui m'a sauvé la vie, mais j'ai toujours ce sentiment qu'il l'a fait, que je lui dois cela. Il le sait. En fait, si ce n'est pas lui qui a fait le diagnostique, c'est lui qui a été présent pour la convalescence, qui fut longue. Une fois sorti de l'hôpital, il a été mon interlocuteur. Mon médecin traitant n'avait pas fait le bon diagnostique, à cause de lui j'ai failli mourir. Je l'ai viré et me suis retrouvé sans généraliste et pas presser d'en trouver un autre.

Le médecin de la clinique n'était pas loquace du tout. Ça tombait bien, je n'en étais pas à parler, j'étais juste hospitalisé. J'étais loin d'avoir compris ce qui s'était passé. S'il a donné les traitements nécessaires, il n'a pas donné les paroles et ne m'a pas permis de faire ce bout de chemin. À la clinique, ils m'ont évité de mourir et permis de continuer à vivre, que le corps vive. Mais subjectivement, ce fut une parenthèse. Celui qui a fait le diagnostique, j'ai déjà eu l'occasion de le remercier. Il est à la retraite désormais. À celui-là, je lui dois la vie, ce supplément de vie que j'ai depuis ce moment. Mon médecin d'hier, c'est avec lui que j'ai parlé, que j'ai appris à apprivoiser cette maladie, qui aurait pu m'être fatale. Qui a failli m'être fatale. C'est récent que je peux dire cela, sans être ému.

Heureusement qu'on est en France ! Je me disais cela, il y a 10 ans, persuadé que si j'étais né dans un pays moins favorisé, ça se serait arrêté là pour moi. Avec lui, j'ai appris cette maladie. J'en ai aussi appris les signes de rechute, de retour. Je me suis beaucoup trompé sur l'interprétation des signaux. La peur que ça revienne encore. Pas hier.

Je suis toujours content de le retrouver. Et anxieux de cela, car ça veut dire que quelque chose cloche. Mais je sais qu'avec lui, ça se passera bien. J'ai confiance. Il ne donne pas d'ordre, à peine des conseils. Il explique les choses et me laisse répondre, me positionner et il ajuste un peu ce que j'en dis. Hier, il n'y avait rien de vital.

J'ai appris à regarder mon angoisse et ne pas me laisser guider par elle, mais la dire, la nommer. Il y a mon angoisse et les faits, c'est ce qu'il faut séparer.

Hier, je lui ai dit pour mon père. Il n'a rien ajouté. Le besoin de lui parler.

Tags: maladie, médecin, vital, fatal, parole, parenthèse

Prise de contact

May 05, 2020 — LjdH

Hier, c'était le premier rendez-vous de mon père avec sa cancérologue.

Nous nous sommes retrouvés à l'hôpital, séparément. Sur le trajet, nul policier pour m'empêcher d'arriver. Un peu de voitures dans les rues et même plutôt pas mal de bagnoles, voire beaucoup sur les axes rapides. On était loin de l'ambiance 15 août du début du confinement ! Arrivé à l'hôpital, je me renseigne auprès d'une guichetière. Les service frais de séjour et Admission sont fermés : personne pour le public à la facturation, la carte sécu, etc ... Enfin, au bon étage, une secrétaire nous indique où nous asseoir et patienter. Évidemment, on est arrivés très en avance ! Il n'y a personne d'autre dans la salle d'attente, qui est un couloir où passe une personne toutes les cinq minutes. À l'heure du rendez-vous, il ne se passe rien. Les secrétaires ont tiré le rideau depuis bien longtemps et nous sommes totalement seuls, bavarder pour tuer le temps. Une dame qui en est à son troisième passage nous demande enfin qui nous attendons. Elle vérifie que le médecin n'est pas dans son bureau et va la chercher du côté de l'hospitalisation. La voilà, trottinant, s'excusant de son retard.

Elle a un nom à consonance italienne et sa voix le confirme. Elle est agréable, sérieuse, professionnelle et entame une relation de soin avec mon père. Je la regarde opérer ce premier acte qu'elle réussit. Ça vient de commencer !

L'Italie, mais quand y retournerons-nous ? Quand de nouveau à Rome, en Toscane ? Ces temps-ci, je regarde exprès des films italiens, en italien, ou qui se passent en Italie. J'achète des produits typés Italie. Pour le voyage, la nostalgie et l'espoir. Nos vies et celles de nos voisins italiens recommenceront et nous retourneront à Venise, à Pise, Sienne, Florence.

La Toscane, c'est le premier voyage que nous avons fait avec Chérie, c'était là-bas que je voulais vivre ça avec elle. Avec tout cet imaginaire que j'y ai associé. Pas que de l'imaginaire désormais, aussi des moments vécus. Rome, je pourrais m'y promener dans le centre historique, comme je me balade à Paris, depuis toujours, avec ou sans raison, avec la seule boussole de se laisser porter, déambuler, aux mêmes endroits ou en quête d'inédit.

J'ai rédigé une synthèse de ce rendez-vous, des informations recueillies, envoyée à la famille. Le traitement commencera bientôt et ce sera inédit.

Tags: Italie, cancer, Paris, médecin