Le Jour d'Hier

Quelques lignes

Pater

December 27, 2020 — LjdH

Hier, j'ai de nouveau regardé Pater d'Alain Cavalier. Je l'ai vu autrement, maintenant que mon père est décédé. Notamment la séquence au début, où Alain Cavalier et Vincent Lindon racontent l'origine du film : le père d'Alain Cavalier est récemment décédé, il en parle à Vincent Lindon et celui-ci appelle le serveur du bar, où ils se sont retrouvés, par le prénom du père du serveur, qui le lui fait remarquer. Cet acte manqué fait signe à Alain Cavalier qu'il a été entendu par Vincent Lindon et qu'il sont raccords. Le film peut commencer.

Affiche du film  Pater

On ne sait pas si cette anecdote est vraie. Les premiers temps du visionnage de ce film, je cherchais à départager la fiction de la vraie vie, du réel. Mais c'est peine perdue, si jamais cette disctinction existe ou pourrait être pertinente. Ici, tout est vrai parce que c'est de la fiction, comme dit, à peu près, Vincent Lindon. Ici, le vrai, c'est ce qui est projeté, ce qui fait le film, nous sommes dans le monde du cinéma, qui a sa propre vérité, ses conventions, ses repères, le temps du film ! Il n'y a pas à se demander si c'est faux parce que c'est joué, car le jeu est vrai et ils jouent beaucoup tous les deux avec leurs personnages, l'histoire qu'ils racontent. C'est très agréable, ils nous montrent comment on peut jouer. Jouer à jouer, c'est très sérieux, c'est ludique.

Pour ce visionnage, ce qu'il m'en reste, ce sont les moments où le PR, qui se prend pour le père, provoque la trahison du dauphin. Il est allé le chercher pour qu'il réalise son désir particulier, puis le prive de cette réalisation, crée un manque qui contraint le dauphin à s'autonomiser pour réaliser son désir malgré le père, qui n'a plus de choix que de rentrer dans la compétition qu'il a créée et qu'il perdra, car trop vieux et mal placé. Provoquer la trahison et forcer le dauphin à la compétition alors qu'il idolatrait ce père. Je lis que je regarde encore ce film avec mes yeux d'enfant, pas encore avec ceux d'un père. César a créé Brutus !

Il y a aussi la ressemblance d'Alain Cavalier avec son père. La ressemblance physique qu'il nous montre et dont il se plaint : la même gorge, presque un goitre, une horreur ! Il s'en fait opérer, enlève cette marque du père sur son corps. Ne pas être comme lui, refuser la ressemblance et affirmer sa différence ! Freud n'aurait pas été lui-même, sans la haine et l'agressivité de son père qui dévaluait son travail de médecin neurologue et ne croyait pas en son fils, qui s'est montré un génie de la névrose. On surestime les effets de l'amour et l'on sous-estime la création engendrée par la haine et l'agressivité.

Vincent Lindon ne parle pas de son propre père, mais il joue avec un frère.

Tags: père, fils, dauphin

Comme en avion

September 09, 2020 — LjdH

Ce matin, j’ai vu un avion décoller. Je ne savais pas que de ce siège je pouvais voir ça, un avion décoller toutes les deux minutes. De ce poste, je vois, entre deux immeubles, ce superbe moment où l’avion quitte le sol. L’instant où ses roues ne touchent plus le sol, quand il commence à monter. Quand il fait l’effort de s’envoler, qu’il prend de l’altitude, péniblement, tranquilement, doucement, au bon rythme. J’ai découvert ce matin qu’à cet endroit, que je connais depuis très longtemps, je pouvais voir cela. J’étais dans l’axe pour voir son ascension. J’en étais fou de joie ! Je me suis rappelé que dans les aéroports un avion décolle toutes les deux minutes, ou peut-être trois. Alors, je me suis calé dans mon siège, j’ai empoigné mon sandwich et je n’ai plus lâché mon regard. Je voulais voir le prochain avion décoller. Ça allait recommencer si ce n’était pas qu’un coup de chance, un fait du hasard, une erreur de piste ? Un autre est apparu, quelques minutes plus tard. Pas exactement dans la même position, mais quelque chose d’assez approchant. Puis des gens sont arrivés autour de moi et j’ai dû décrocher mon regard, les regarder eux, parler avec eux. Ce que je voulais, c’était poursuivre l’expérience depuis mon point d’observation, cette trouvaille qui m’était arrivée, une cabane dans les arbres où j’étais le seul à voir cela, un plaisir solitaire. Mais je n’ai pas pu, alors je leur ai parlé des avions. Ils ont accepté cette discussion en parlant de l’été et du parapente. J’ai répondu par la voltige, les masses d’air, la géographie des colines et des montagnes, ils ont poursuivi avec les tyroliennes et l’accrobranche. On n’était vraiment pas à la même altitude !

Affiche de Comme un avion, film de Bruno Podalydès, 2015

Quand j’ai vu ce premier avion, j’ai revécu les quelques décollages de ma vie. J’ai mis longtemps à monter dans un avion. Je veux dire un avion qui décolle. Pas le Concorde qui est au Bourget, désossé, éventré. Une drôle de manière de présenter le fleuron des ingénieurs français. Et Britanniques … Ce concorde, il ressemble au sous-marin de la Cité des Sciences. Il est tout petit quand on s’approche de lui, on y entre par une porte à un endroit improbable et dedans tout ce qu’on y voit, ce sont des câbles et des ordinateurs. Mais c’est sans vie, ça ne marche plus, plus pour de vrai. Ils ont sûrement marché un jour, mais là, ils ne servent qu’à être montrés, exposés. La taxidermie de technologie, ça ne fait plus rêver grand monde, un truc sans vie.

La première fois que j’ai décollé, j’étais déjà très adulte. Mes amis avaient déjà fait ça des tas de fois. Mais moi, je n’en avais pas encore eu la possibilité, la nécessité, mais l’envie bien sûr ! Même pour aller en Angleterre, j’avais pris le bateau ou l’hovercraft et j’avais été malade ! J’étais excité de monter dans l’avion, m’y asseoir et ressentir les vibrations. Cette fois-ci, j’étais dans un nouveau monde, une nouvelle expérience, un avion vivant qui allait bouger. Je n’ai pas été déçu, ça a vrombi, j’ai eu un peu peur, j’ai ressenti l’accélération verticale, mon corps plaqué au siège qui grimpe, qui s’élève. J’ai regardé par le hublot, j’ai vu la Terre s’éloigner, les choses rapetisser. Les autres dans l’avion ne faisaient pas attention à ça, blasés, ils continuaient de discuter. J’étais concentré sur ces nouvelles sensations et je trouvais cela formidable. J’aurais bien refait un autre décollage, un peu comme à Disney, quand on retourne dans la queue sitôt le tour achevé.

Chaque fois que j’ai repris l’avion, j’ai revécu un peu de cette première fois. Chaque fois, je suis resté concentré sur ce moment incomparable aux autres. Chaque fois, j’ai eu envie d’applaudir. Pas à la fin du vol pour féliciter le pilote de s’être posé sans encombre avec des bourrasques de vent imprévisibles. Mais à la fin du décollage pour en redemander un autre, comme un rappel, pour continuer cette magie de s’arracher au sol. Des fois, je me dis que c’est pour ça qu’on va sur la Lune, qu’on dépense des milliards pour aller un jour sur Mars ou plus loin encore. Pour s’arracher au sol, le plus longtemps possible, le plus vite possible. Les États payent des fortunes pour que les meilleurs décollent. Les dessins des machines de Léonard de Vinci ne m’inspirent pas un grand intérêt sauf quand je l’imagine adulte construisant la machine que l’enfant en lui rêve de faire fonctionner, l’enfant qui s'envole, qui n’est plus un simple terrien.

L’atterrissage, c’est sympa, mais avec moins de sensations, sauf au moment de retoucher terre, de reprendre le contact, quand on entend les roues crisser sur l’asphalte du tarmac. On n’entend plus les roues des voitures crisser, elles sont contrôlées électroniquement. Mais il y a encore les roues des avions qui peuvent crisser, fugacement. Dans le film de Lelouche, C'était un rendez-vous, on entend les pneus crisser, hurler quand la voiture vire à fond la caisse. Moins vite qu’un avion, moins majestueux, un patineur du goudron.

Tags : avion, Lune, décollage, toucher, contact,

Discrète

July 07, 2020 — LjdH

Hier, j'ai regardé la Discrète, un vieux film de 1990. C'était très agréable de retrouver cette histoire, un peu légère, pas vraiment libertine. Une histoire d'amour de papier, pour écrire un roman et téléguidée, un peu comme Les Liaisons dangereuses, par un tiers du couple, mais sans la perversité, sans la méchanceté.

Il veut se venger d'une femme qui l'a plaqué avant qu'il ne le fasse lui-même et se venger de toutes les femmes car il est un peu misogyne, à la limite du misanthrope. C'est assez rigolo de voir Luchini dans ce rôle, bien avant Alceste à bicyclette où il incarne le misanthrope véritable, où son personnage se vit de plus en plus comme LE misanthrope.

Dans La Discrète, il y a aussi Judith Henry, en plus de Maurice Garrel qui sera formidable en père haineux et revanchard de sa fille chez Depleschin, avec Emmanuelle Devos. Judith Henry ne s'en laisse pas compter de cet Antoine qui l'allume et l'oblige à dire son désir. Elle avance avec méfiance, puis se laisse aller à le faire entrer dans son lit, un peu rassurée qu'il ne lui veuille pas trop de mal, bien que ne sachant pas précisément ce qu'il lui veut, ce qu'il lui cache. Elle a bien repéré son étrangeté, mais n'a pas les codes de ce dandy qui garde une légèreté en toutes choses. Il ne s'implique pas auprès des autres. Seul compte son roman, son travail d'écriture. Dès le début, il reconnait qu'il n'a pas d'imagination, ce qui est fâcheux pour un auteur. Il faut que son éditeur lui imagine une histoire pour qu'il l'écrive. Il ne peut écrire que sur lui-même, sur ce qui se passe dans sa vie, un peu comme le narrateur de la Recherche et justement pas comme l'auteur de la Recherche. C'est un auteur manqué, raté, qui ne peut écrire que sur lui-même, éditorialiste de lui-même. Il lui faut un comparse qui crée du mouvement dans sa vie pour qu'il ait l'occasion d'écrire un truc. Probablement avec talent, vu le succès du film. La bande son est intéressante, avec ce piano un peu entêtant, léger, gambadant.

Antoine a une aversion pour le corps et il lui faut Catherine pour s'y mettre, il préfère les plaisirs de la conversation, où il est certain de briller. Qu'on l'écoute est son tropisme. Catherine veut qu'on la désire, elle a fui un amant qui la désirait mal, voulait vivre avec elle, quitter sa femme. Ce n'est pas ce qu'elle voulait, un amant, pas un mari. Antoine cherche à peine des maîtresses, vit de travaux guère à la hauteur de son ambition, il n'est pas l'écrivain qu'il s'imagine. C'est là que réside son imagination, là où il s'imagine, tel un Narcisse.

Retrouver la Discrète, c'est retrouver la années 90, les années lycées, les amis de l'époque, le début de l'âge adulte, avec une histoire d'adulte encore un peu jeune. Une histoire sans violence, avec du marivaudage, une quête du désir de l'autre et du sien propre. Une histoire avec un petit peu de corps et surtout des paroles, des attitudes. Une histoire à trois avec un pygmalion qui décide pour son personnage qui n'est que le secrétaire de lui-même, de sa propre vie, téléguider par le troisième. Antoine est dans l'indécision concernant l'autre, les femmes. Il n'a trouvé qu’une action : rompre. Aller vers une femme, ce n'est pas ce qu'il peut faire de lui-même, il lui faut un guide pour se déplacer vers une femme. Le seul acte qu'il vise est la rupture. C'est un chambardement quand c'est elle qui agit la rupture avant lui, grâce au nouvel amant qu'elle s'est trouvé. Un amant pour rompre. Si elle avait retrouvé Antoine sans ce quatrième, elle aurait probablement succombé de nouveau à ses paroles. Armée de ce remplaçant, elle ne l'entend plus, ses paroles tombent, il ne reste à Antoine que son stylo, dirigé par son éditeur et sa conquête. Il est une coquille vide qui notera les élans de son coeur. Le plaisir de l'écriture en lui-même, pour lui-même.

Tags: écriture, quatuor, amour, séduction, misanthrope, misogyne

Écailles

June 16, 2020 — LjdH

Le problème avec la peinture, c’est qu’elle ne tient pas, elle s’écaille. Les éléments, l’eau, le soleil, la chaleur, le vent, le froid abîment la peinture. Elle s’écaille et laisse apparaître ce qu’elle recouvrait. C’est un processus normal, naturel. C’est la nature qui fait cela à tous les objets des humains, surtout ceux qui sont exposés aux éléments. On peut s’en plaindre, mais ça n’y change rien : il faut recommencer et en remettre une couche.

La peinture est encore plus fragile quand elle est ajoutée après un processus industriel. Quand l’objet manufacturé est livré avec sa peinture, il a subi un traitement particulier pour résister très longtemps à toutes ces forces naturelles. La peinture peut-être chauffée pour sécher et se tendre, recouverte d’un film qui la protégera et la fera tenir plus longtemps.

Quand la peinture est ajoutée après le traitement industriel, elle n’aura pas bénéficié de ces techniques renforçantes. Quand elle est posée par-dessus ce traitement industriel, non seulement elle sera exposée à la nature, mais en plus, le support sur lequel elle est appliquée lui sera hostile, résistera à son implantation, la fragilisera. Il faudra donc, régulièrement, en remettre encore une couche, qui entrera en compétition avec le dessus et le dessous. On peut préparer le support industriel en appliquant une couche particulière. Le recouvrement devient assez onéreux, mais durera un petit peu plus longtemps.

J’habite dans une commune où les maires aiment à laisser l’empreinte de leur passage. Là, c’est l’empreinte colorée. Un peu comme un blason héraldique, un dicton, une épitaphe, ils viennent donner leur nom, ou celui d’un prédécesseur auquel ils s’associent pour apparaître, métonymiquement, dans la lumière. C’est assez courant, il n’y a pas de quoi pavoiser, se moquer. C’est d’ailleurs, ce qu’ils font, ils montrent leur pavoisement, leurs couleurs, comme une équipe, un clan sportif. Mes maires utilisent des chartes graphiques homogènes sur notre ville, pendant qu’elle est à eux. Du haut de leur beffroi, ils ont colorié notre ville, dessiné nos mobiliers urbains. Ceux qui entrent en ce domaine peuvent le voir : les bans, lampadaires, cartouches de rues ne sont pas les mêmes d’une ville à l’autre. Ce n’est pas très original.

Là, où ça devient particulier, c’est lorsqu’il faut laisser son empreinte par-dessus celle du prédécesseur. Il faut recouvrir. Mais comme on l’a vu, ça ne tient pas ! Et l’opération pour faire disparaître le prédécesseur républicain est à refaire continuellement. Ça vire à l’obsession, car le prédécesseur existe d’autant plus qu’on veut le faire disparaître, le cacher. Au final, ça ne l’efface pas, mais lui donne encore plus de place, dans le discours, dans les écailles. Il faudrait enlever les objets qu’il a colorés pour en mettre d’autres. Sauf que ça coûte cher et qu’on n’a plus d’argent, l’époque est comme ça. Être obsédé de celui qui n’est plus, c’est quand même dommage, surtout quand il n’y a aucune chance qu’il revienne. Il y a des ennemis qu’on ne quitte pas, malgré leur disparition. Certains ont abandonné la compétition après cette perte. D’autres continue à le faire exister, continuent la guerre, après l’avoir gagnée.

Tags: prédécesseur, couleur, recouvrir, disparu

Sortie

June 11, 2020 — LjdH

Hier, je suis retourné à Paris. J'y suis allé en transports en commun. J'avais mis un masque, j'avais du gel dans la poche. Mais je n'avais jamais vraiment marché avec un masque, ni couru pour attrapper mon train, j'étais en nage et je ne pouvais pas enlever mon masque dans la rame pour reprendre haleine. En fait, il faut hyperventiler, respirer par la bouche ! Je n'avais pas encore eu l'occasion d'expérimenter cela.

Arrivé à Paris, je me suis retrouvé dans un lieu nouveau, que je connais par coeur. Beaucoup de gens, beaucoup dans tous les sens, avec des masques pour la plupart. Dans un premier temps, je ne suis pas descendu dans le métro, je me suis promené. J'ai pris mon chemin habituel. C'était agréable, avec une sensation de danger, ça piccotait un peu.

Il y avait des quartiers très peuplés, d'autres quasi désertiques. Ce qui m'a surpris, ce sont les embouteillages, très peu présents, les terrases de café, pas toutes ouvertes, certains encore complètement fermés. Et les entreprises, dont les halls étaient aussi fermés. Je ne m'attendais pas à cela, je pensais que Paris s'était remis en marche, pleinement, mais ce n'est pas encore le cas. L'agitation habituelle n'y est pas, c'est encore un faux-semblant, pas seulement par l'absence des touristes. Mon pub préféré aussi était fermé. Je suis passé devant le Louvre, sans file d'attente, vide comme un Jour de l'an.

Avant de rentrer par le métro, j'ai pris un coca en terrasse, c'était très sympa et nécessaire ! Au retour, j'ai directement mis tous mes vêtements à laver.

Tags: Paris, vide, silence

Conte d'enfance pour adulte

June 10, 2020 — LjdH

Hier, il y avait Le Seigneur des anneaux à la télé. Après Harry Potter et Voldemort, Sauron et les Hobbits ! C’est quand même incroyable ces blockbusters. Il y en a eu une grosse quantité ces vingt dernières années. Ces films-là, je les connais, je les ai vus, le problème c’est que j’aime encore les revoir. L’histoire, je la connais, les rebondissements ne me font plus réagir et pourtant, comme un enfant qui veut encore le même conte, j’apprécie de les revoir. C’est une aventure que je refais avec les héros. Toujours la même aventure, c’est ça le secret. Toujours la même, la répéter pour le plaisir de la répéter, de la refaire. C’est ça aussi qui est distrayant : refaire le chemin, boucler une nouvelle fois. Est-ce un mouvement contre la nouveauté ? La fin ne peut-elle s’inscrire définitivement ? Refaire la boucle pour le plaisir de répéter, de vaincre encore une fois le méchant et de vivre avec le héros tous les pièges qu’il doit résoudre. La distraction de la répétition ! Non seulement, ces films doivent avoir un scénario qui accroche, mais il doit aussi accrocher au re-visionnage ! Il doit inclure l’envie de la répétition. Pour hier soir, le scénario était de JRR Tolkien, ça laisse de la marge, les scénaristes avaient une bonne base pour commencer !

Je me rappelle qu’à l’époque, j’avais ressorti mes exemplaires papier et les avait relus, encore avec plaisir ! C’était à l’adolescence que je les avais lus pour la première fois, l’époque de Dungeon and Dragons ! Les livres aussi, je les relisais. Quand Harry Potter a été publié, comme beaucoup, j’ai lu ces aventures. Quand les films sont sortis, je suis allé les voir. Les histoires de héros victorieux sont agréables à revoir, on ne peut s’en lasser ?

Tags: héros, conte, répétition, aventure

Turner

June 09, 2020 — LjdH

Hier, j’ai pris des places pour aller au musée ! Une expo que j’avais remarquée avant tout ça. Comme j’ai des excursions parisiennes qui se programment, la perspective de sortir et de reprendre les transports en commun se précise, s’organise. Et quitte à aller à Paris, autant y aller pour des choses qui me plaisent vraiment, que je voulais faire avant et auxquelles je n’avais pas envie de renoncer !

Expo Turner

Turner, je l’ai découvert il y a au moins dix ans. C’était une expo, où il était comparé à d’autres peintres. Ça a été un choc ! J’y allais pour Monet et j’ai trouvé Turner et les peintres britanniques ! C’était l’époque de la découverte du monde, le monde dont je ne soupçonnais pas l’existence ! Comme un garçon vacher qui monte à la capitale et découvre tout ce dont on ne lui a jamais parlé et qui n’existait pas encore !

Expo Turner Whistler Monet

Bien sûr, Monet, j'en avais entendu parler, mais Turner et Whistler, pas du tout. Ça a été une grande époque pour moi où beaucoup était à portée de ma main. Il n'y avait qu'à y aller, juste avoir l'envie d'essayer et de se faire un avis. Est-ce que j'y suis sensible ou pas ? Si ça ne me fait rien, on s'arrête là et ce n'est pas grave, à d'autres ça plaira peut-être. J'ai beaucoup pratiqué les musées à cette période, c'était la curiosité qui me menait et ça ne m'a pas vraiment quitté, bien que le champ de l'ignorance ait un peu diminué. Je les ai pratiqué plutôt seul : comment se faire un avis sur quelque chose qu'on ne connait pas ? Comment se faire un avis et y entrainer quelqu'un ? Commenet se sentir libre de dire : je la refais une troisième fois, je parts tout de suite, ça ne m'intéresse pas du tout ! Comment pratiquer sa curiosité avec un partenaire ? Je ne sais toujours pas !

Hier, en fait c'était avant-hier, j'en ai parlé à une collègue, pendant une session de télé-travail, alors que j'étais sur site, mais pas elle. Elle était étonnée que déjà je m'aventure si loin dans la reprise de mes anciennes activités. Comme elle apprécie aussi ce peintre, cette période, ce style, elle a décidé d'y aller, elle aussi. Un peu plus et elle venait avec moi !

Tags: turner, peinture, sortie

Urgence

June 04, 2020 — LjdH

Aujourd’hui, j'ai écrit à une amie. Je lui ai donné de mes nouvelles et j'ai parlé de l'urgence, que depuis l'annonce du diagnostic de mon père, j'étais entré dans une logique d'urgence. J'avais déjà un peu formulé les choses comme cela, depuis quelques jours, par oral ou par écrit. Écrire aux autres m'a amené à poursuivre un travail de parole : je ne me suis pas simplement répété, j'ai formulé de manière un peu plus précise à chaque fois, dire de la manière la plus juste. Me lisant, je lisais ce que j'écrivais et je découvrais comment je l'avais écrit, d'une position extérieure. Ça m'a fait retour. Avec ces divers écris et mes lectures de mes écrits, ce que je disais n'était plus vraiment pareil, ce que je lisais me changeait par ce que je découvrais de moi-même. Le mot urgence, logique de l'urgence est venu. Ce mot était juste et m'a fait un déclic : il ne faut jamais rester dans une logique de l'urgence, surtout quand on est juste pressé, qu'on manque de temps. Ce mot m'en a éjecté. On verra dans quoi ça me fait basculer, ce que cette urgence cachait, ce qu'elle permettait.

La logique de l'urgence, le discours qui assigne l'urgence comme seul horizon, est un discours qui ne pense pas, qui ne vit pas, qui vise à passer entre certaines gouttes au nom d'une course qui est à mener, mais rapidement seule la course compte et on court pour courir, pour les sensations que ça procure, pas pour le but initial. L'urgence ne fait que rater et surtout sa cible. Ne pas y rester !

J'ai un certain tropisme pour les tourbillons, quand ça s'accélère, quand il faut aller vite. Mais si ça pulse, ça n’est pas très productif. L'inspiration ne vient pas là, ce n'est pas là que ça percute. Les choses éclosent dans d’autres contextes, il faut d'autres contingences pour que les bonnes idées apparaissent et qu'on les capture. Le tourbillon fait entrechoquer les idées, mais ce n'est là être réceptif au nouveau, il s'agit de faire attention à ce qui se produit, ce qui vient, sans capturer tout ce qui passe.

La course était contre la mort, contre ce pronostique qui n'est pas encore énoncé, mais craint. Une course alimentée par l'angoisse qui alimente ce qui la crée.

Tags: logique discours, hâte, précipitation, urgence

Wikipedia

May 31, 2020 — LjdH

Hier, je me suis de nouveau intéressé à ma malformation génétique, qui m'occasionne des désagréments ces temps-ci. J'ai repris le compte-rendu de l'analyse génétique. Je ne l'avais pas réellement lu jusque-là. Je veux dire que cette fois-ci, j'ai lu les trois pages sous toutes leurs coûtures. Je ne voulais pas que constater le résultat final, dont je m'étais pleinement satisfait, je voulais comprendre ce que c'était, comment ça fonctionne ce truc et ce qui s'est passé pendant le confinement pour que ça recommence, que ça revienne de nouveau dans ma vie. À la fin de la journée, j'avais compris mon erreur : ça ne revient pas, c'est tout le temps là, à moi de ne pas retomber dans le panneau, comme à chaque fois.

Après cela, j'ai fait chauffer Wikipedia, les pages qui se réfèrent à cette malformation génétique. J'ai lu des articles de science médicale qui sont vraiment formidables, clairs et savant, pas trop vulgarisateurs. J'adore Wikipedia ! Ce que les médecins ont découvert depuis deux siècles m'épate à chaque fois. Je savais qu'ils pouvaient expliquer énormément du fonctionnement du corps humain, mais là je suis impressionné. Et encore plus, par mon ignorance ! J'ai enfin appris ce qui concerne ma maladie. Il m'aura fallu des circonstances très particulières. Moi, qui grogne régulièrement sur la volonté de mon prochain d'ignorer ce qu'il en est de ses maladies, de ses erreurs répétées sans cesse, je me retrouve à cette même place que je reproche à mes congénères. La poutre, la paille ? Pas mieux. L'humilité m'arrivera-t-elle ?

J'ai pu saisir mes propres contresens, défauts d'interprétation, interprétations erronnées ... Il paraît qu'on n'apprend vraiment, que le vrai savoir n'arrive que dans la douleur. Un savoir acquis sans effort, sans difficulté ni gêne, qui ne dérange pas, n'en est pas un, ne sert à rien, ne produit rien de substantiel, pas d'effet. Il m'aura fallu longtemps pour acquérir un peu de celui-là. Jamais trop tard ? Il m'aura fallu sortir de l'angoisse, par l'action ?

Tags: savoir, ignorance, maladie, wikipedia

Retour ?

May 27, 2020 — LjdH

Demain, le premier ministre va parler. Il va nous dire ce que sera la suite, ce qu'on va pouvoir faire à l'étape suivante, sans trop risquer d'être malades, contaminés, sans risquer que trop d'entre nous ne soient contaminés. On sait que ce truc épargne la plupart des gens, on sait que certains ont des comorbidités déjà repérées et ceux-là feraient bien de faire gaffe, on sait aussi que certains n'ont pas de comorbidités déjà repérées et vont révéler des fragilités très dangereuses et risquer leur vie.

J'ai une collègue, encore jeune, sportive, athlétique, svelte. Elle a été contaminée au début de l'épidémie, avant le confinement. Dix semaines plus tard, elle est encore essoufflée, encore à faire des examens pour ses thromboses et risques d'embolie. Elle n'a pas été hospitalisée, n'est pas passée en réa. Elle est restée chez elle et a survécu. Là, sa convalescence n'en finit plus. On peut se demander combien de temps ça va prendre encore pour qu'elle reprenne son sport. On verra ce que dit le PM demain.

J'ai une autre collègue, qui me parlait de sa fille qui travaille dans un hôpital de l'AP-HP. Au début, ils ont vidé son hôpital pour accueillir les covid. Quand ils sont enfin arrivés, ils ont eu tout le matériel nécessaire pour se protéger. Quand les covid sont partis, chacun est retourné dans son service. Les malades habituels sont revenus et les fournitures en matériel sont redevenues normales. Quand les malades se sont révélés covid, il n'y avait plus le matériel qui était devenu enfin abondant pendant le confinement. Les personnels ont été de nouveau exposés.

Je ne suis pas journaliste, ce sont des anecdotes, qui disent que personne n'est rassuré par la prise en charge actuelle d'un truc qui peut être très grave pour certains. Et moi, je trouve que beaucoup de personnes et beaucoup d'employeurs sont en train de faire comme si les huit semaines de confinement n'avaient produit aucun (télé-)travail de qualité. La semaine prochaine je vais devoir retourner sur site, mais il est hors de question que je sois exposé à la bêtise que j'ai constatée cet après-midi dans mon supermarché de proximité ! Du télé-travail, je peux encore en faire dans mon bureau, sur site !

Tags: retour, normale, comorbidité, anecdotes

Enchaînements

May 24, 2020 — LjdH

Comment tout ça a commencé ?

On ne sait plus. Il faudrait revenir au tout début. Faudra-t-il y revenir ? Encore ? Refaire le film, tout reprendre depuis le début ? On n'en peut plus de se refaire l'enchaînement, tout le monde sait ce qu'il s'est passé, les choix des uns et des autres, les erreurs, les incertitudes, les paris. Ceux qu'on a voulu suivre, alors qu'il ne le fallait pas, les bons gourous, les mauvais leaders. À quoi bon, encore une fois, tout refaire ? Il y a aussi tout ce qui a été caché.

On a pu découvrir qu'il y avait de nombreuses manières de cacher. On peut cacher, en recouvrant par une vérité, ou un autre mensonge. On peut cacher, en mettant sous le tapis. On peut cacher en renvoyant à plus tard, en ne répondant pas, ou à moitié. En parlant d'autre chose, en faisant une diversion, en n'entendant pas l'interpellation.

Cette période nous a montré presque toutes les techniques possibles. Ce n'est pas exactement qu'ils ont été très inventifs, ils n'ont rien créé, ils ont su ressortir les vieilles techniques qui avaient été oubliées, remisées d'une autre période, d'un autre siècle. C'est l'intérêt des littéraires, de ceux qui ont fait des études classiques, ce qu'on appelait faire ses humanités. Ils ont su très rapidement utiliser à la perfection ce qu'ils ne connaissaient que théoriquement, qu'ils n'avaient jamais pratiqués, eux les jeunes gens du Nouveau Monde.

Alors, faudra-t-il refaire l'enchaînement, chercher des responsables ? Répondre, ça ne les dérange pas, on l'aura compris. Répondre de leurs actes, ça leur est familier. Répondre des conséquences sur les autres de leurs actes ? On a vu qu'ils savaient s'excuser. Sepuku, c'est pour les autres. Faudra-t-il trouver des accusateurs, suffisamment tenaces ? Les premiers à se montrer n'avaient que des arrières pensées à leur propre profit. Alors qui fera le job ? Châtier, c'est ça qu'il faudrait ? Parce que c'est juste, parce que c'est ce qu'ils méritent ou ce qu'il faut faire comme conséquence de leurs inconséquences ? Pour s'améliorer ?

Mais quel job, à quoi ça sert ? Pour que ça ne recommence plus ? Celle-là, on nous l'a déjà faite, on n'en veut plus. Tout ne cesse de se répéter d'une manière plus ou moins nouvelle, déjà datée. D'ailleurs, ce ne sont probablement pas les choses qui se répètent, mais notre manière de les appréhender, qui reste tributaire d'un cadre, d'habitudes. La réalité est une construction qui est fonction d'une structure de référence. À quoi bon ? On n'en peut plus !

On pourrait penser contre soi, mais ce n'est pas ça la nouveauté. Quelles sont les nouveautés qu'un humain éduqué peut appréhender. On voudrait penser en dehors de ce qu'on a appris ? Mais les artistes eux-mêmes créent très peu et jamais ex-nihilo, ils reprennent, modifient légèrement et au bout de très longtemps de leurs petites modifications, de leurs mélanges et nouveaux alliages, ils arrivent à quelque chose qui semble nouveau.

Combien de Picasso ? Combien de langages nouveaux ? La nature elle-même crée de la nouveauté, mais très lentement, c'est à dire très vite pour qui a l'éternité devant soi.

Tags: mensonge, nouveauté, création, répétition

Sans fard

May 23, 2020 — LjdH

Je me souviens quand j'ai rencontré Agnès Varda. C'était dans un cinéma des environs, un cinéma d'Art et d'Essai où je vais de temps en temps. J'y suis allé super content, super heureux : j'allais rencontrer Agnès Varda ! Ils ont dû passer un de ses films, je ne me souviens plus lequel. Et après, pour le débat, la rencontre, elle était là, la petite bonne femme. Elle parlait comme elle parle dans ses films, à la télé, à la radio. Elle parlait tout simplement pour dire des choses très importantes, des choses très simples, auxquelles on oublie de penser ou de dire. Elle parlait des autres, de ses rencontres, de son mari, de son amour, de ses enfants, de son travail, des célébrités qu'elle a rencontrées, des autres stars. J'étais très heureux, elle était là, en vrai. À la fin, je suis allé la voir pour la remercier de ce qu'elle avait fait, de ce qu'elle disait et elle continuait de faire la simplicité. J'ai utilisé le mot poésie pour parler de son travail. Elle a dit non, ce n'est pas de la poésie, c'est juste un regard sur les gens, les choses, les événements. Pour moi, c'était de la poésie, alors qu'elle disait que c'était juste sa vie. Une manière de vivre, ce n'est pas de la poésie, la poésie, c'est un travail, une production. C'est donc qu'elle est une poétesse de sa vie ! Je l'ai embrassé, je lui ai fait la bise, elle voulait bien, je suis une midinette.

Le confinement m'a fait loupé une autre rencontre, avec Émmanuelle Devos. J'en suis toujours très attristé. J'aurais aimé la rencontrer en vrai, l'entendre sans fard, la voir comme elle est dans la vie. J'espère que ce sera remis à après, quand tout reprendra. En espérant que tout ne reprenne pas, mais que certaines choses soient reprogrammées, surtout cette rencontre avec Émmanuelle Devos.

Le journal Le Monde a diffusé un podcast d'une rencontre avec elle, avant tout ça. Elle parlait, elle aussi, très simplement. J'ai appris que l'école n'avait pas été une bonne rencontre pour elle et qu'heureusement, il y avait eu la littérature, les textes et l'envie de jouer, la comédienne. C'est là qu'elle a fait les bonnes rencontres. C'était touchant, dit avec grande simplicité, sans fard.

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Tags: midinette, Varda, Devos, rencontre, stars

Un corps droit

May 21, 2020 — LjdH

Hier, j'ai commencé à regarder La belle noiseuse, de Jacques Rivette (1991), avec Michel Piccoli et Émmanuelle Béart. Pour l’instant, je n'ai vu que la moitié des 3h38.

Quand le film est sorti, les garçons de mon âge ne parlaient que de son corps à elle. C'est vrai qu'elle est très belle, elle a un très beau corps. Et qu'elle est très souvent nue dans ce film. Elle pose pour un peintre. Ce qui est désagréable dans ces scènes de nu, c'est que l'artiste lui impose des postures douloureuses. Elle est nue, mais elle souffre de la position de son corps. Le peintre ne cherche pas à représenter un corps tel quel. Les artistes montrent des corps qui n'existent pas. Ce n'est pas une représentation d'un corps réel, mais d'un corps forcé, trituré, un corps fantasmé. Là, il ne se satisfait pas d'une peinture qui invente un langage et montre un corps imaginarisé. Comme un sculpteur avec son marbre ou sa terre, il torture son modèle, devenue son marbre, à qui il impose un dos droit, vraiment droit, comme si elle portait une machine à écrire sur la tête. Et on voit le personnage souffrir.

Elle est contrariée de vouloir poser, nue en plus. Que lui veut-il ? Qu'accepte-t-elle de lui, pour lui ? Et contrariée de la douleur qu'il impose à son corps, qu'elle accepte de s'infliger. Mais elle continue l'expérience. J'espère que la fin du film éclairera cela.

Une clef est peut-être ce qu'en dit son amant, le jeune peintre. Quand il l'a connue, elle n'allait pas bien, elle était prête à se jeter sous un train. La rencontre amoureuse l'a détournée de cette envie. Un corps qui lâche, un corps qui tombe, qu'elle ne peut maintenir ni debout ni droit, rattrapée par un autre qui s'intéresse à elle, puis un vieil artiste qui ne la prend que pour un corps, mais qui s'intéresse aussi à elle comme personne qui a des projets, des envies, mais dont il n'attend que le corps, certes sexualisé, mais pas pour coucher avec elle, plutôt pour la coucher sur la toile et inventer un tableau, espéré comme le chef-d'oeuvre absolu et qui a déjà son titre, mais qui n'est qu'un projet.

Je ne savais pas que Jane Birkin jouait aussi dans ce film. C'est pathétique parce qu'elle est formidable en ancienne muse qui veut que son amant retrouve sa puissance artistique et qui s'est effacé pour sa carrière à lui, son art où il a échoué face à l'absolu. Elle s'efface pour lui et les commentaires l'ont effacé. Terrible !

Tags: corps, droit, jeté, modèle

Étrier

May 20, 2020 — LjdH

Hier, je n'ai pas fait la grasse matinée. Je n'ai pas pris le temps de fainéanter. Je commence à compter les jours, ceux qui précèdent la sortie. Ma psy a dit qu'il fallait se remettre le pied à l'étrier. C'est une phrase qui a eu son effet. J'ai accepté qu'il va bien falloir, que tout ça aura une fin, prochainement. Elle m'a sorti de ma rêverie. Je vais regretter, je regrette déjà cette parenthèse. J'ai aimé cela, je sais que c'est déjà fini. Je me régale de ce qui en reste encore, avant que ce ne soit fini. Comme un coucher de soleil, dont on voit bien l'horizon et qui nous surprend par la soudaineté de la nuit. C'est la nuit qu'on ne voyait pas arriver, après la disparition du soleil. On attendait la disparition du soleil et c'est la nuit qui apparaît !

Il y a des gens qui goûtent les plats avant d'être servis. À peine, est-ce posé sur la table que leur doigt est déjà dans le plat. Ce n'est pas pour goûter, mais par gourmandise, pas pour la faim, mais pour le plaisir. Et aussi pour le plaisir d'enfreindre, sous les yeux, vu le faisant. Peut-être pour fuir la fin, en volant dès le début ce petit supplément. Là, je déguste les dernières gouttes. Je vois bien qu'il n'y en a presque plus, mais je ne sais pas combien il en reste. Ce n'est pas sans fond, on se rapproche du fond, de la fin. On sait qu'on s'en rapproche, mais on ne sait pas de combien. L’écho est apparu avec l'étrier, signe que le mur est proche, mais difficile de savoir à quel point s'en est proche. C'est, arrivé presque au bout, qu'on sait que le bout est pour le coup suivant, peut-être un autre, si on est habile. Là d'habileté, il y en aura peu. Les contraintes arriveront d'elles-mêmes et on s'y pliera. Déjà, les contraintes se sont manifestées. Il faudra ... l'étrier, étriller ?

Hier, je n'ai pas fait la grasse matinée, je l'ai faite à peine, moins que d'autres jours. Je n'en suis pas encore à me lever tôt pour profiter plus, en allongeant la journée. Ce serait tricher, mais je le ferais peut-être, sûrement ! On ne se refait pas. Hier, j'ai pu un peu prendre le temps, mais pas beaucoup.

Je retrouverai cette vie, dont le souvenir ne me plaît pas. Trop, trop de tout, tout le temps. Pas de temps étiré, pas de temps calme. Le tourbillon reprendra. Et j'aime ce tourbillon. Je sais que j'aime cela, même si je m'en plains ces temps-ci, de plus en plus. Avant, je n'aimais pas les vacances, j'avais besoin de travailler. Puis, j'ai appris à faire d'autres choses que travailler. Puis, j'ai appris d'autres formes de travail, le travail pour soi. Il me suffit de me souvenir de ce que ça m'a apporté pour être prêt à y retourner, malgré la fatigue qui reviendra. Je suis prêt et ça me donne envie de prendre encore plus le temps que ça n'arrive. Étiré la fin. Je retournerai à ce que j'apprécie et qui m'apporte beaucoup, j'y retournerai et j'y vais en prenant des chemins de traverse.

Tags: traverse, écho, fin, fond, contraintes, étrier, temps

Dix ans

May 19, 2020 — LjdH

Hier, j'ai revu un de mes anciens médecins. Ça m'a ramené dix ans en arrière. Ce n'est pas lui qui m'a sauvé la vie, mais j'ai toujours ce sentiment qu'il l'a fait, que je lui dois cela. Il le sait. En fait, si ce n'est pas lui qui a fait le diagnostique, c'est lui qui a été présent pour la convalescence, qui fut longue. Une fois sorti de l'hôpital, il a été mon interlocuteur. Mon médecin traitant n'avait pas fait le bon diagnostique, à cause de lui j'ai failli mourir. Je l'ai viré et me suis retrouvé sans généraliste et pas presser d'en trouver un autre.

Le médecin de la clinique n'était pas loquace du tout. Ça tombait bien, je n'en étais pas à parler, j'étais juste hospitalisé. J'étais loin d'avoir compris ce qui s'était passé. S'il a donné les traitements nécessaires, il n'a pas donné les paroles et ne m'a pas permis de faire ce bout de chemin. À la clinique, ils m'ont évité de mourir et permis de continuer à vivre, que le corps vive. Mais subjectivement, ce fut une parenthèse. Celui qui a fait le diagnostique, j'ai déjà eu l'occasion de le remercier. Il est à la retraite désormais. À celui-là, je lui dois la vie, ce supplément de vie que j'ai depuis ce moment. Mon médecin d'hier, c'est avec lui que j'ai parlé, que j'ai appris à apprivoiser cette maladie, qui aurait pu m'être fatale. Qui a failli m'être fatale. C'est récent que je peux dire cela, sans être ému.

Heureusement qu'on est en France ! Je me disais cela, il y a 10 ans, persuadé que si j'étais né dans un pays moins favorisé, ça se serait arrêté là pour moi. Avec lui, j'ai appris cette maladie. J'en ai aussi appris les signes de rechute, de retour. Je me suis beaucoup trompé sur l'interprétation des signaux. La peur que ça revienne encore. Pas hier.

Je suis toujours content de le retrouver. Et anxieux de cela, car ça veut dire que quelque chose cloche. Mais je sais qu'avec lui, ça se passera bien. J'ai confiance. Il ne donne pas d'ordre, à peine des conseils. Il explique les choses et me laisse répondre, me positionner et il ajuste un peu ce que j'en dis. Hier, il n'y avait rien de vital.

J'ai appris à regarder mon angoisse et ne pas me laisser guider par elle, mais la dire, la nommer. Il y a mon angoisse et les faits, c'est ce qu'il faut séparer.

Hier, je lui ai dit pour mon père. Il n'a rien ajouté. Le besoin de lui parler.

Tags: maladie, médecin, vital, fatal, parole, parenthèse

Sortie

May 17, 2020 — LjdH

Je me souviens de cette sortie en montagne, l'été dernier. Il avait fait chaud et sec tout le temps. Puis, il s'était mis à pleuvoir sans discontinuer, plusieurs jours d'affilée. C'était lassant, quand pourrions-nous ressortir, quand la pluie nous laisserait-elle un peu de sec pour que nous puissions marcher, nous promener ?

Enfin, une éclaircie se dessine pour le lendemain matin. Ma résolution est prise ! Personne pour m'accompagner, tant pis. Au matin, je me lève tôt, le temps est un peu limite. Je reste optimiste et commence à me préparer. Je sors, bien que ce soit tangent. J'ai prévu les vêtements de pluie, ils ne sont pas rangés au fond de mon sac. Je commence et rapidement une petite pluie arrive, elle aussi. Je continue, elle aussi. Je me protège un peu, puis plus sérieusement. Enfin, l'orage, mais surtout le tonnerre. Je reste à couvert, ce qui n'est pas la meilleure idée, mais je suis encore dans la forêt. Ça tombe dru, j'hésite. Demi-tour ou patience ? Le tonnerre continue. J'attends et enfin, ça se calme, ça s'éloigne. Le meilleur moment peut commencer. Ça se dégage et je m'élève vers la crête. J'y fais une pause météo, le panorama s'offre à moi. À partir de là, il faudra que la météo tienne toute la journée, sinon ce sera un calvaire. Je peux encore faire demi-tour, mais après ce sera une longue descente pour changer de vallée et toute une journée de promenade. Ça se maintient au beau, je poursuis. La journée fut magnifique et les photos, de toute beauté !

Tags: attente, pluie, sortie, montagne

Dîner

May 16, 2020 — LjdH

Hier, un dîner entre amis. Le premier dîner post-confinement, le premier du dé-confinement. Je ne me suis décidé à y aller qu'une demi-heure avant. Je ne voulais pas y penser, je ne le sentais toujours pas ce truc. L'arrivée se passe bien, mais ça ne tient pas très longtemps. L'apéro commence et les masques ne tiennent plus, sinon comment on fait pour boire ? Et pour le saucisson ? Les distances se tiennent encore, on est dans le jardin. J'ai prévu une veste pour la fraîcheur de la soirée. Puis, on passe à table, mais l'alcool aidant, on oublie le mètre de sécurité. Le repas est très bon, on oublie encore plus et on se remet à se socialiser comme avant. Agréable.

C'était un dîner sympa, j'étais content de les revoir, d'interagir en vrai, pas par écran interposé. Mais au moment de se séparer, certains reprennent les consignes, lavage des mains avec un peu de gel et retour des masques, prêts pour sortir dehors. Et je reste silencieux, je ne comprends pas. C'est la rue, déserte la nuit, qui est dangereuse ? Cette alternance de procédure, je ne la comprends pas. Moi, j'aimerais bien que ce soit moins à géométrie variable, une règle valable pour tous les moments, l'équivoque me pert. Il semble que ce soit plus compliqué que ce que je voudrais ... Le monde est toujours plus compliqué que ce qu'on voudrait, c'est pour ça qu'on le regarde au travers d'un cadre, d'une fenêtre.

Tags: dîner, masques, dedans-dehors

L'étudiant étranger

May 16, 2020 — LjdH

Régulièrement, je suis pris de relire, de revoir un livre, un film. Quelque chose m'y a fait penser et plutôt que de retrouver cette pensée et de l'examiner, je la laisse passer, ou au mieux, je prends le livre ou lance le visionnage de l'oeuvre à laquelle j'avais pensé. Il y a eu une période où ça me prenait pendant certaines réunions. Tout d'un coup, mon esprit partait ailleurs et je revivais la scène, sans savoir ce qui m'y avait fait penser. Puis, j'étais pris d'une envie de raconter cette scène. Bien sûr, le sérieux de la situation m'amenait à me censurer et en général, ça m'échappait quand même, j'y faisais une allusion, ma parole contenait cette histoire. En général, ça me prenait au bout d'un certain temps de réunion, quand ma concentration m'échappait. Faire une pause était la meilleure chose !

Hier, c'était L'étudiant étranger, de Philippe Labro, prix interallié 1986. Je l'ai commencé peu après et le début ne ressemble plus du tout à mon souvenir. Je voulais retrouver les scènes où il est heureux de son séjour là-bas, loin de chez lui, de ses parents, parmi ceux qu'il rêvait de découvrir. Mais selon le résumé de Wikipedia, ça n'arrivera qu'après la moitié de l'histoire, quand il reste l'été et travaille pour gagner de l'argent. Irais-je aussi loin dans la lecture ? Peut-être suivrais-je le conseil de Pennac et irait directement au passage qui m'intéresse !

Tags: souvenir, pensées, Labro, Pennac

Anthony Hopkins

May 14, 2020 — LjdH

L'autre grand thriller de Anthony Hopkins, c'est La faille, Fracture. Son personnage a tué froidement sa femme, qu'il délaissait pour ses joujoux d'ingénieur, des billes qui circulent en boucle, des jeux sans fin s'ils sont bien réglés. Elle allait trouver joie et bonheur ailleurs que dans la solitude de sa maison. Tout l'intérêt réside dans le jeu machiavélique d'Hopkins, merveilleusement servi par les scénaristes. Sitôt libre, il retourne chez lui jouer avec ses petits jeux, la flicaille et la Justice n'en étant que métonymique. Il joue avec les autres qui veulent bien entrer dans son jeu. Il trouve le point sensible, la faille qui intéressera le partenaire et le fera entrer dans son jeu, dont il est le Maître. MJ, maître du jeu, mais dans les Dungeon and Dragon de mon adolescence, le MJ ne jouait pas dans le jeu, il en était l'organisateur.

L'autre personnage, c'est le procureur, interprété par Ryan Gosling. Il veut entrer dans le privé et s'en est donné les moyens, c'est un gagnant. Sa faille touchée, il se transforme et devient enfin l'agent du service public, le service pour la société et chacun de ses citoyens, pas simplement le procureur avec les meilleurs taux. Il lui aura fallu perdre contre plus fort pour découvrir son réel désir et y ajuster son ambition. S'il était déjà doué pour faire condamner, ce n'était pour changer de camp et défendre les accusés contre un gros chèque.

Tags: jeu, désir, ambition

Retour en forêt

May 13, 2020 — LjdH

Hier, première sortie dans la forêt. J’y suis allé courir. C’était bien de retrouver un peu d’espace au-delà du kilomètre. Au début, ça m’a donné l’impression de m’aventurer dans un espace proscrit, trop d’éloignement. Puis, j’ai retrouvé mon chemin habituel qui monte vers la forêt. Peu de gens, très très peu. À l’orée, il y avait une famille, on a essayé de ne pas se croiser. Sous le couvert, le chemin était agréable. Comme il avait plu la veille, ça rebondissait et ça amortissait, plutôt que l’écrasement de l’asphalte. Bonne température, du soleil, d’autres coureurs, des familles posées pour un picnic, des enfants joyeux. Au retour en ville, pas trop de monde, des masques un peu partout. C’était chouette !

L’après-midi, je suis allé voir dans quel état était mon vieux VTT, les chambres à air, les pneus, si le plastique avait séché, s'était craquelé. Ça n’avait pas l’air trop mal, alors j’ai regonflé, mais un peu trop. La chambre est sortie du pneu qui ne tenait plus dans la jante et elle a pété. Il faudra changer tout ça, c’était ce que je voulais vérifier, avant de le sortir en forêt.

Tags: forêt, course, vélo