Dix ans
Hier, j'ai revu un de mes anciens médecins. Ça m'a ramené dix ans en arrière. Ce n'est pas lui qui m'a sauvé la vie, mais j'ai toujours ce sentiment qu'il l'a fait, que je lui dois cela. Il le sait. En fait, si ce n'est pas lui qui a fait le diagnostique, c'est lui qui a été présent pour la convalescence, qui fut longue. Une fois sorti de l'hôpital, il a été mon interlocuteur. Mon médecin traitant n'avait pas fait le bon diagnostique, à cause de lui j'ai failli mourir. Je l'ai viré et me suis retrouvé sans généraliste et pas presser d'en trouver un autre.
Le médecin de la clinique n'était pas loquace du tout. Ça tombait bien, je n'en étais pas à parler, j'étais juste hospitalisé. J'étais loin d'avoir compris ce qui s'était passé. S'il a donné les traitements nécessaires, il n'a pas donné les paroles et ne m'a pas permis de faire ce bout de chemin. À la clinique, ils m'ont évité de mourir et permis de continuer à vivre, que le corps vive. Mais subjectivement, ce fut une parenthèse. Celui qui a fait le diagnostique, j'ai déjà eu l'occasion de le remercier. Il est à la retraite désormais. À celui-là, je lui dois la vie, ce supplément de vie que j'ai depuis ce moment. Mon médecin d'hier, c'est avec lui que j'ai parlé, que j'ai appris à apprivoiser cette maladie, qui aurait pu m'être fatale. Qui a failli m'être fatale. C'est récent que je peux dire cela, sans être ému.
Heureusement qu'on est en France ! Je me disais cela, il y a 10 ans, persuadé que si j'étais né dans un pays moins favorisé, ça se serait arrêté là pour moi. Avec lui, j'ai appris cette maladie. J'en ai aussi appris les signes de rechute, de retour. Je me suis beaucoup trompé sur l'interprétation des signaux. La peur que ça revienne encore. Pas hier.
Je suis toujours content de le retrouver. Et anxieux de cela, car ça veut dire que quelque chose cloche. Mais je sais qu'avec lui, ça se passera bien. J'ai confiance. Il ne donne pas d'ordre, à peine des conseils. Il explique les choses et me laisse répondre, me positionner et il ajuste un peu ce que j'en dis. Hier, il n'y avait rien de vital.
J'ai appris à regarder mon angoisse et ne pas me laisser guider par elle, mais la dire, la nommer. Il y a mon angoisse et les faits, c'est ce qu'il faut séparer.
Hier, je lui ai dit pour mon père. Il n'a rien ajouté. Le besoin de lui parler.