Le Jour d'Hier

Quelques lignes

Wikipedia

May 31, 2020 — LjdH

Hier, je me suis de nouveau intéressé à ma malformation génétique, qui m'occasionne des désagréments ces temps-ci. J'ai repris le compte-rendu de l'analyse génétique. Je ne l'avais pas réellement lu jusque-là. Je veux dire que cette fois-ci, j'ai lu les trois pages sous toutes leurs coûtures. Je ne voulais pas que constater le résultat final, dont je m'étais pleinement satisfait, je voulais comprendre ce que c'était, comment ça fonctionne ce truc et ce qui s'est passé pendant le confinement pour que ça recommence, que ça revienne de nouveau dans ma vie. À la fin de la journée, j'avais compris mon erreur : ça ne revient pas, c'est tout le temps là, à moi de ne pas retomber dans le panneau, comme à chaque fois.

Après cela, j'ai fait chauffer Wikipedia, les pages qui se réfèrent à cette malformation génétique. J'ai lu des articles de science médicale qui sont vraiment formidables, clairs et savant, pas trop vulgarisateurs. J'adore Wikipedia ! Ce que les médecins ont découvert depuis deux siècles m'épate à chaque fois. Je savais qu'ils pouvaient expliquer énormément du fonctionnement du corps humain, mais là je suis impressionné. Et encore plus, par mon ignorance ! J'ai enfin appris ce qui concerne ma maladie. Il m'aura fallu des circonstances très particulières. Moi, qui grogne régulièrement sur la volonté de mon prochain d'ignorer ce qu'il en est de ses maladies, de ses erreurs répétées sans cesse, je me retrouve à cette même place que je reproche à mes congénères. La poutre, la paille ? Pas mieux. L'humilité m'arrivera-t-elle ?

J'ai pu saisir mes propres contresens, défauts d'interprétation, interprétations erronnées ... Il paraît qu'on n'apprend vraiment, que le vrai savoir n'arrive que dans la douleur. Un savoir acquis sans effort, sans difficulté ni gêne, qui ne dérange pas, n'en est pas un, ne sert à rien, ne produit rien de substantiel, pas d'effet. Il m'aura fallu longtemps pour acquérir un peu de celui-là. Jamais trop tard ? Il m'aura fallu sortir de l'angoisse, par l'action ?

Tags: savoir, ignorance, maladie, wikipedia

Dix ans

May 19, 2020 — LjdH

Hier, j'ai revu un de mes anciens médecins. Ça m'a ramené dix ans en arrière. Ce n'est pas lui qui m'a sauvé la vie, mais j'ai toujours ce sentiment qu'il l'a fait, que je lui dois cela. Il le sait. En fait, si ce n'est pas lui qui a fait le diagnostique, c'est lui qui a été présent pour la convalescence, qui fut longue. Une fois sorti de l'hôpital, il a été mon interlocuteur. Mon médecin traitant n'avait pas fait le bon diagnostique, à cause de lui j'ai failli mourir. Je l'ai viré et me suis retrouvé sans généraliste et pas presser d'en trouver un autre.

Le médecin de la clinique n'était pas loquace du tout. Ça tombait bien, je n'en étais pas à parler, j'étais juste hospitalisé. J'étais loin d'avoir compris ce qui s'était passé. S'il a donné les traitements nécessaires, il n'a pas donné les paroles et ne m'a pas permis de faire ce bout de chemin. À la clinique, ils m'ont évité de mourir et permis de continuer à vivre, que le corps vive. Mais subjectivement, ce fut une parenthèse. Celui qui a fait le diagnostique, j'ai déjà eu l'occasion de le remercier. Il est à la retraite désormais. À celui-là, je lui dois la vie, ce supplément de vie que j'ai depuis ce moment. Mon médecin d'hier, c'est avec lui que j'ai parlé, que j'ai appris à apprivoiser cette maladie, qui aurait pu m'être fatale. Qui a failli m'être fatale. C'est récent que je peux dire cela, sans être ému.

Heureusement qu'on est en France ! Je me disais cela, il y a 10 ans, persuadé que si j'étais né dans un pays moins favorisé, ça se serait arrêté là pour moi. Avec lui, j'ai appris cette maladie. J'en ai aussi appris les signes de rechute, de retour. Je me suis beaucoup trompé sur l'interprétation des signaux. La peur que ça revienne encore. Pas hier.

Je suis toujours content de le retrouver. Et anxieux de cela, car ça veut dire que quelque chose cloche. Mais je sais qu'avec lui, ça se passera bien. J'ai confiance. Il ne donne pas d'ordre, à peine des conseils. Il explique les choses et me laisse répondre, me positionner et il ajuste un peu ce que j'en dis. Hier, il n'y avait rien de vital.

J'ai appris à regarder mon angoisse et ne pas me laisser guider par elle, mais la dire, la nommer. Il y a mon angoisse et les faits, c'est ce qu'il faut séparer.

Hier, je lui ai dit pour mon père. Il n'a rien ajouté. Le besoin de lui parler.

Tags: maladie, médecin, vital, fatal, parole, parenthèse