Prise de contact
Hier, c'était le premier rendez-vous de mon père avec sa cancérologue.
Nous nous sommes retrouvés à l'hôpital, séparément. Sur le trajet, nul policier pour m'empêcher d'arriver. Un peu de voitures dans les rues et même plutôt pas mal de bagnoles, voire beaucoup sur les axes rapides. On était loin de l'ambiance 15 août du début du confinement ! Arrivé à l'hôpital, je me renseigne auprès d'une guichetière. Les service frais de séjour et Admission sont fermés : personne pour le public à la facturation, la carte sécu, etc ... Enfin, au bon étage, une secrétaire nous indique où nous asseoir et patienter. Évidemment, on est arrivés très en avance ! Il n'y a personne d'autre dans la salle d'attente, qui est un couloir où passe une personne toutes les cinq minutes. À l'heure du rendez-vous, il ne se passe rien. Les secrétaires ont tiré le rideau depuis bien longtemps et nous sommes totalement seuls, bavarder pour tuer le temps. Une dame qui en est à son troisième passage nous demande enfin qui nous attendons. Elle vérifie que le médecin n'est pas dans son bureau et va la chercher du côté de l'hospitalisation. La voilà, trottinant, s'excusant de son retard.
Elle a un nom à consonance italienne et sa voix le confirme. Elle est agréable, sérieuse, professionnelle et entame une relation de soin avec mon père. Je la regarde opérer ce premier acte qu'elle réussit. Ça vient de commencer !
L'Italie, mais quand y retournerons-nous ? Quand de nouveau à Rome, en Toscane ? Ces temps-ci, je regarde exprès des films italiens, en italien, ou qui se passent en Italie. J'achète des produits typés Italie. Pour le voyage, la nostalgie et l'espoir. Nos vies et celles de nos voisins italiens recommenceront et nous retourneront à Venise, à Pise, Sienne, Florence.
La Toscane, c'est le premier voyage que nous avons fait avec Chérie, c'était là-bas que je voulais vivre ça avec elle. Avec tout cet imaginaire que j'y ai associé. Pas que de l'imaginaire désormais, aussi des moments vécus. Rome, je pourrais m'y promener dans le centre historique, comme je me balade à Paris, depuis toujours, avec ou sans raison, avec la seule boussole de se laisser porter, déambuler, aux mêmes endroits ou en quête d'inédit.
J'ai rédigé une synthèse de ce rendez-vous, des informations recueillies, envoyée à la famille. Le traitement commencera bientôt et ce sera inédit.
Tags: Italie, cancer, Paris, médecin
Rendez-vous
Hier, je n'ai fait que penser au rendez-vous de demain. Aujourd'hui, aussi. Dès que je n'étais pas occupé à quelque chose, que mon esprit n'était pas distrait par quoi que ce soit, je pensais à demain. J'accompagne mon père à son premier rendez-vous en cancérologie.
Je ne pensais qu'à ce qui pourrait m'empêcher de m'y rendre : un contrôle policier qui estimerait que ce motif, accompagné de la convocation médicale, avec la mention manuscrite de ma présence souhaitée, ne suffirait pas aux policiers, qui non seulement me verbaliseraient, mais me contraindraient à faire demi-tour. Ce que, dans mes petites rêveries, je faisais, plein de colère.
Évidemment que je n'ai pas très envie d'y aller. J'y irais quand même, pour ne pas céder à la peur et affronter le savoir des médecins sur le corps malade de mon père. Affronter leur parole et leurs propositions de soins. C'est lui qui me l'a demandé, comment ne pourrais-je pas y aller ?
J'ai très peur de cet échafaud, de ces sentences qui seront prononcées. C'est bête, j'imagine cela, alors que je sais très bien comment se passent ces rendez-vous. J'en ai eu pour des choses qui se sont révélées moins graves. Des amis, des proches m'ont raconté les leur pour des choses réellement graves et ça ne se passe pas comme je le crains depuis hier et aujourd'hui et toute la semaine.
Bien sûr, je suis un peu à cran. L'angoisse monte. Je devais préparer mes notes, mes questions, les écrire dans un cahier, qu'il y ait des traces. J'en ai déjà parlé avec Chérie, je n'ai rien de plus à préparer. Je suis prêt depuis dix jours pour ce rendez-vous. Ce que j'ai à préparer est déjà fait.
Il n'y a plus qu'à le vivre, y être pleinement présent. C'est ce qu'il attend de moi. Et je sais que je peux le faire et je sais que je le ferai comme il faut. Écrire cela éloigne un peu la crainte. Je me ressaisis. Ne pas se laisser submerger ! Rester concentré. Noter, questionner, répondre, penser aux questions qui ne sont pas posées, estimer s'il faut les poser, chercher les éléments sous-jacents, ceux qui ne sont pas dits et se mettre à sa vitesse : que ce rendez-vous soit le sien pour ce qu'il peut en apprendre et le mien pour ce qu'il attend de moi : ce qu'il n'entendra pas et qu'il me charge d'écouter pour lui. Deux lignes, les deux à mener à leur terme.
Tags: rendez-vous, médecine, cancer, angoisse, préparation