Percussions entraînantes
Hier, je n'étais pas bien, c'était l'ouverture des portes, la fin du confinement, la fin des déplacements dérogatoires. J'ai déjà dit à quel point ça m'angoissait ! Et mon Fils21 voulait rentrer dans sa colocation, où il a un jardin à disposition ! Et ses amis et son boulot pas très loin et son univers qu'il a créé. C'est moi l'ai ramené, en voiture. Comme je n'avais pas conduit depuis 2 mois, je n'étais pas très rassuré, je n'avais plus mes automatismes. C'est rapidement revenu, bien sûr ! Il y avait pas mal de gens sur la route ! Et certains qui ont pris l'habitude de rouler à leur aise, et qui ne supportaient pas de ne plus être seuls et qui zigzaguaient !
Au retour, cette nouvelle séparation était faite, la période de nouveau ensemble finissait. Pour le voyage de retour, j'ai mis Keith Jarret, l'album Breme-Lausanne. C'est son album que je préfère, la première partie est faite en piano-percussion, elle donne de l'entrain, la pêche et me fait m'immerger dans son rythme, ça me prend et j'oublie tout ! Chaque fois, je rentre dans le monde sonore de Keith Jarret et je suis pris par la musique et je repars, je me remets en mouvement ! Je n'ai pas poursuivi la voie rapide jusqu'au bout, je me suis un peu promené, fenêtres ouvertes, musique à fond. Et c'était génial. Rentré, ça allait mieux ! Pas heureux, mais pas loin ! Ça m'a fait le même effet qu'à Nanni Moretti dans Caro diario, quand il va vers le lieu de l'assassinat de Pier-Paolo Pasolini.
Tags: Keith_Jarret, angoisse, Caro_diario, ensemble
Rendez-vous
Hier, je n'ai fait que penser au rendez-vous de demain. Aujourd'hui, aussi. Dès que je n'étais pas occupé à quelque chose, que mon esprit n'était pas distrait par quoi que ce soit, je pensais à demain. J'accompagne mon père à son premier rendez-vous en cancérologie.
Je ne pensais qu'à ce qui pourrait m'empêcher de m'y rendre : un contrôle policier qui estimerait que ce motif, accompagné de la convocation médicale, avec la mention manuscrite de ma présence souhaitée, ne suffirait pas aux policiers, qui non seulement me verbaliseraient, mais me contraindraient à faire demi-tour. Ce que, dans mes petites rêveries, je faisais, plein de colère.
Évidemment que je n'ai pas très envie d'y aller. J'y irais quand même, pour ne pas céder à la peur et affronter le savoir des médecins sur le corps malade de mon père. Affronter leur parole et leurs propositions de soins. C'est lui qui me l'a demandé, comment ne pourrais-je pas y aller ?
J'ai très peur de cet échafaud, de ces sentences qui seront prononcées. C'est bête, j'imagine cela, alors que je sais très bien comment se passent ces rendez-vous. J'en ai eu pour des choses qui se sont révélées moins graves. Des amis, des proches m'ont raconté les leur pour des choses réellement graves et ça ne se passe pas comme je le crains depuis hier et aujourd'hui et toute la semaine.
Bien sûr, je suis un peu à cran. L'angoisse monte. Je devais préparer mes notes, mes questions, les écrire dans un cahier, qu'il y ait des traces. J'en ai déjà parlé avec Chérie, je n'ai rien de plus à préparer. Je suis prêt depuis dix jours pour ce rendez-vous. Ce que j'ai à préparer est déjà fait.
Il n'y a plus qu'à le vivre, y être pleinement présent. C'est ce qu'il attend de moi. Et je sais que je peux le faire et je sais que je le ferai comme il faut. Écrire cela éloigne un peu la crainte. Je me ressaisis. Ne pas se laisser submerger ! Rester concentré. Noter, questionner, répondre, penser aux questions qui ne sont pas posées, estimer s'il faut les poser, chercher les éléments sous-jacents, ceux qui ne sont pas dits et se mettre à sa vitesse : que ce rendez-vous soit le sien pour ce qu'il peut en apprendre et le mien pour ce qu'il attend de moi : ce qu'il n'entendra pas et qu'il me charge d'écouter pour lui. Deux lignes, les deux à mener à leur terme.
Tags: rendez-vous, médecine, cancer, angoisse, préparation