Le Jour d'Hier

Quelques lignes

Prise de contact

May 05, 2020 — LjdH

Hier, c'était le premier rendez-vous de mon père avec sa cancérologue.

Nous nous sommes retrouvés à l'hôpital, séparément. Sur le trajet, nul policier pour m'empêcher d'arriver. Un peu de voitures dans les rues et même plutôt pas mal de bagnoles, voire beaucoup sur les axes rapides. On était loin de l'ambiance 15 août du début du confinement ! Arrivé à l'hôpital, je me renseigne auprès d'une guichetière. Les service frais de séjour et Admission sont fermés : personne pour le public à la facturation, la carte sécu, etc ... Enfin, au bon étage, une secrétaire nous indique où nous asseoir et patienter. Évidemment, on est arrivés très en avance ! Il n'y a personne d'autre dans la salle d'attente, qui est un couloir où passe une personne toutes les cinq minutes. À l'heure du rendez-vous, il ne se passe rien. Les secrétaires ont tiré le rideau depuis bien longtemps et nous sommes totalement seuls, bavarder pour tuer le temps. Une dame qui en est à son troisième passage nous demande enfin qui nous attendons. Elle vérifie que le médecin n'est pas dans son bureau et va la chercher du côté de l'hospitalisation. La voilà, trottinant, s'excusant de son retard.

Elle a un nom à consonance italienne et sa voix le confirme. Elle est agréable, sérieuse, professionnelle et entame une relation de soin avec mon père. Je la regarde opérer ce premier acte qu'elle réussit. Ça vient de commencer !

L'Italie, mais quand y retournerons-nous ? Quand de nouveau à Rome, en Toscane ? Ces temps-ci, je regarde exprès des films italiens, en italien, ou qui se passent en Italie. J'achète des produits typés Italie. Pour le voyage, la nostalgie et l'espoir. Nos vies et celles de nos voisins italiens recommenceront et nous retourneront à Venise, à Pise, Sienne, Florence.

La Toscane, c'est le premier voyage que nous avons fait avec Chérie, c'était là-bas que je voulais vivre ça avec elle. Avec tout cet imaginaire que j'y ai associé. Pas que de l'imaginaire désormais, aussi des moments vécus. Rome, je pourrais m'y promener dans le centre historique, comme je me balade à Paris, depuis toujours, avec ou sans raison, avec la seule boussole de se laisser porter, déambuler, aux mêmes endroits ou en quête d'inédit.

J'ai rédigé une synthèse de ce rendez-vous, des informations recueillies, envoyée à la famille. Le traitement commencera bientôt et ce sera inédit.

Tags: Italie, cancer, Paris, médecin

Silence, regard

April 28, 2020 — LjdH

Hier, rien de particulier. Le télé-travail, les appels téléphoniques qui s’enchaînent, les réunions par Skype que je ne mets qu'en audio. Pas besoin de montrer ma tête ni de voir celle des autres. Le son, c'est bien suffisant ! Parfois, un interlocuteur téléphonique demande si je suis toujours là. Je l'écoute probablement trop silencieusement et il se demande si je ne fais pas autre chose que de l'écouter. De ne pas se voir, l'effet de présence peut s'estomper et certains le ressentent comme solitude. D'autres, qui partent dans un monologue, se laissent porter par leur récit et oublient qu'ils s'adressent à quelqu'un. Uniquement concentrés dans leur parole.

Hier, je regardais ma femme. Je la trouvais belle. Elle me retourne mon regard et me demande ce qu'il y a, ce que veut dire mon regard ? Je lui réponds que je ne faisais que la regarder, mais n'en dit pas plus. Je préfère qu'on me parle ! Ce regard silencieux ne lui convenait pas. Je le sais bien qu’elle aime la parole, même si elle dit que ce n'est qu'une préférence. Je connais son appétit de parole. Qu'on lui parle et qu'on l'écoute quand elle parle. Après deux mois confinés, je trouve que ces doses de paroles échangées sont devenues bien faibles. C'est un sentiment.

Des fois c'est compliqué, de se parler au quotidien, cette obligation à se parler. Me reviennent des reproches de silence, qui font planer un "tu n'es pas avec moi", qui parle plus de l'émetteur que du récepteur.

L'été dernier, nous avons traversé deux fois la Suisse, vers l'Italie puis retour, par le Col du Grand Saint Bernard. Je me souviens de ce trajet qui était très agréable, loin de la chaleur et de la sécheresse. Un pays étranger similaire au notre, avec des petites différences que nous cherchions à voir et nous en faisions la remarque. De Chamonix au Lac Majeur, la route était un peu montagneuse : ni le Tunnel ni les autoroutes, pour profiter du paysage, déguster ce sentiment de la balade, de la promenade, en voiture. Détendus et concentrés sur ce qui se passait. Avec la playlist de musique de variétés qui va bien avec ! Il n'y a que les abricots que nous n'avons pas essayé. Quand j'y repense, je me promets à chaque fois de m'arrêter la prochaine fois pour les goûter, ils avaient l'air succulent, vu de la voiture ! Nous étions présents à ce qui se passait.

Tags: parole, silence, Suisse, Italie, voyage, présence