Le Jour d'Hier

Quelques lignes

Enchaînements

May 24, 2020 — LjdH

Comment tout ça a commencé ?

On ne sait plus. Il faudrait revenir au tout début. Faudra-t-il y revenir ? Encore ? Refaire le film, tout reprendre depuis le début ? On n'en peut plus de se refaire l'enchaînement, tout le monde sait ce qu'il s'est passé, les choix des uns et des autres, les erreurs, les incertitudes, les paris. Ceux qu'on a voulu suivre, alors qu'il ne le fallait pas, les bons gourous, les mauvais leaders. À quoi bon, encore une fois, tout refaire ? Il y a aussi tout ce qui a été caché.

On a pu découvrir qu'il y avait de nombreuses manières de cacher. On peut cacher, en recouvrant par une vérité, ou un autre mensonge. On peut cacher, en mettant sous le tapis. On peut cacher en renvoyant à plus tard, en ne répondant pas, ou à moitié. En parlant d'autre chose, en faisant une diversion, en n'entendant pas l'interpellation.

Cette période nous a montré presque toutes les techniques possibles. Ce n'est pas exactement qu'ils ont été très inventifs, ils n'ont rien créé, ils ont su ressortir les vieilles techniques qui avaient été oubliées, remisées d'une autre période, d'un autre siècle. C'est l'intérêt des littéraires, de ceux qui ont fait des études classiques, ce qu'on appelait faire ses humanités. Ils ont su très rapidement utiliser à la perfection ce qu'ils ne connaissaient que théoriquement, qu'ils n'avaient jamais pratiqués, eux les jeunes gens du Nouveau Monde.

Alors, faudra-t-il refaire l'enchaînement, chercher des responsables ? Répondre, ça ne les dérange pas, on l'aura compris. Répondre de leurs actes, ça leur est familier. Répondre des conséquences sur les autres de leurs actes ? On a vu qu'ils savaient s'excuser. Sepuku, c'est pour les autres. Faudra-t-il trouver des accusateurs, suffisamment tenaces ? Les premiers à se montrer n'avaient que des arrières pensées à leur propre profit. Alors qui fera le job ? Châtier, c'est ça qu'il faudrait ? Parce que c'est juste, parce que c'est ce qu'ils méritent ou ce qu'il faut faire comme conséquence de leurs inconséquences ? Pour s'améliorer ?

Mais quel job, à quoi ça sert ? Pour que ça ne recommence plus ? Celle-là, on nous l'a déjà faite, on n'en veut plus. Tout ne cesse de se répéter d'une manière plus ou moins nouvelle, déjà datée. D'ailleurs, ce ne sont probablement pas les choses qui se répètent, mais notre manière de les appréhender, qui reste tributaire d'un cadre, d'habitudes. La réalité est une construction qui est fonction d'une structure de référence. À quoi bon ? On n'en peut plus !

On pourrait penser contre soi, mais ce n'est pas ça la nouveauté. Quelles sont les nouveautés qu'un humain éduqué peut appréhender. On voudrait penser en dehors de ce qu'on a appris ? Mais les artistes eux-mêmes créent très peu et jamais ex-nihilo, ils reprennent, modifient légèrement et au bout de très longtemps de leurs petites modifications, de leurs mélanges et nouveaux alliages, ils arrivent à quelque chose qui semble nouveau.

Combien de Picasso ? Combien de langages nouveaux ? La nature elle-même crée de la nouveauté, mais très lentement, c'est à dire très vite pour qui a l'éternité devant soi.

Tags: mensonge, nouveauté, création, répétition

Promenade

April 29, 2020 — LjdH

Hier, je me suis promené. J'avais un appel téléphonique qui requérait un peu d'intimité. J'ai rédigé mon Attestation Dérogatoire de Déplacement pour une heure de promenade. Une fois l'appel fini, je suis resté dehors. Je ne suis pas directement rentré comme je faisais jusque là. J'ai profité de ce petit moment pour marcher et regarder, contempler la vie dehors que je n'ai plus fréquentée ces dernières semaines, qui m'était familière et à laquelle je ne devais plus vraiment faire attention. C'était un moment nouveau, une suspension dans le confinement. J'en ai profité pour revenir dans les rues que j'apprécie, avec des jolies maisons, des arbustes, des jasmins, des roses. Et puis, j'ai cherché s'il y avait dans les pharmacies des masques, du gel, etc ... Mon garagiste habituel était fermé, sûrement trop de monde dans l'atelier. Certains garages, qui fonctionnent avec peu de personnel, sont ouverts ces temps-ci. J'aurais pu prendre rendez-vous pour la révision, toutes ces choses qui ne vont pas tarder à revenir dans nos vies et que nous avons confinées dans nos agendas : à plus tard ! Hier, le monde après le 11 mai a commencé à se discuter, à s'imaginer. Jusque là, nous étions suspendu, pas même dans l'attente que ce moment n'arrive. Il arriverait, mais sans savoir quand ce serait.

Hier, je n'ai pas fait de rencontre avec des voisins, des amis. J'ai repéré la fleuriste qui s'est remise à ses bouquets dans sa boutique, porte ouverte mais barrée d'une table où elle travaille ses fleurs et par dessus laquelle elle discute avec les clients. À cette heure-là, ils n'étaient pas nombreux !

C'était un peu comme au retour de longues vacances, où le familier est teinté de nouveauté, d'inconnu. On redécouvre ce qu'on connaissait parfaitement et qui se retrouve exactement à sa place. On avait juste oublié qu'il existait. Le revoilà, pile au bon endroit, il existe indépendamment de nous. Il revient à la même place. Hier, il y avait de ça, mais avec la privation des sorties et la joie d'y retourner. Ce n'était pas déjà de la liberté, mais ses prémisses. Une suite va exister, elle est à imaginer, à écrire, pas juste à reprendre. Ce n'était pas une pause.

Tags: promenade, familier, nouveauté, sortie, confinement