Urgence
Aujourd’hui, j'ai écrit à une amie. Je lui ai donné de mes nouvelles et j'ai parlé de l'urgence, que depuis l'annonce du diagnostic de mon père, j'étais entré dans une logique d'urgence. J'avais déjà un peu formulé les choses comme cela, depuis quelques jours, par oral ou par écrit. Écrire aux autres m'a amené à poursuivre un travail de parole : je ne me suis pas simplement répété, j'ai formulé de manière un peu plus précise à chaque fois, dire de la manière la plus juste. Me lisant, je lisais ce que j'écrivais et je découvrais comment je l'avais écrit, d'une position extérieure. Ça m'a fait retour. Avec ces divers écris et mes lectures de mes écrits, ce que je disais n'était plus vraiment pareil, ce que je lisais me changeait par ce que je découvrais de moi-même. Le mot urgence, logique de l'urgence est venu. Ce mot était juste et m'a fait un déclic : il ne faut jamais rester dans une logique de l'urgence, surtout quand on est juste pressé, qu'on manque de temps. Ce mot m'en a éjecté. On verra dans quoi ça me fait basculer, ce que cette urgence cachait, ce qu'elle permettait.
La logique de l'urgence, le discours qui assigne l'urgence comme seul horizon, est un discours qui ne pense pas, qui ne vit pas, qui vise à passer entre certaines gouttes au nom d'une course qui est à mener, mais rapidement seule la course compte et on court pour courir, pour les sensations que ça procure, pas pour le but initial. L'urgence ne fait que rater et surtout sa cible. Ne pas y rester !
J'ai un certain tropisme pour les tourbillons, quand ça s'accélère, quand il faut aller vite. Mais si ça pulse, ça n’est pas très productif. L'inspiration ne vient pas là, ce n'est pas là que ça percute. Les choses éclosent dans d’autres contextes, il faut d'autres contingences pour que les bonnes idées apparaissent et qu'on les capture. Le tourbillon fait entrechoquer les idées, mais ce n'est là être réceptif au nouveau, il s'agit de faire attention à ce qui se produit, ce qui vient, sans capturer tout ce qui passe.
La course était contre la mort, contre ce pronostique qui n'est pas encore énoncé, mais craint. Une course alimentée par l'angoisse qui alimente ce qui la crée.
Tags: logique discours, hâte, précipitation, urgence