Le Jour d'Hier

Quelques lignes

Étrier

May 20, 2020 — LjdH

Hier, je n'ai pas fait la grasse matinée. Je n'ai pas pris le temps de fainéanter. Je commence à compter les jours, ceux qui précèdent la sortie. Ma psy a dit qu'il fallait se remettre le pied à l'étrier. C'est une phrase qui a eu son effet. J'ai accepté qu'il va bien falloir, que tout ça aura une fin, prochainement. Elle m'a sorti de ma rêverie. Je vais regretter, je regrette déjà cette parenthèse. J'ai aimé cela, je sais que c'est déjà fini. Je me régale de ce qui en reste encore, avant que ce ne soit fini. Comme un coucher de soleil, dont on voit bien l'horizon et qui nous surprend par la soudaineté de la nuit. C'est la nuit qu'on ne voyait pas arriver, après la disparition du soleil. On attendait la disparition du soleil et c'est la nuit qui apparaît !

Il y a des gens qui goûtent les plats avant d'être servis. À peine, est-ce posé sur la table que leur doigt est déjà dans le plat. Ce n'est pas pour goûter, mais par gourmandise, pas pour la faim, mais pour le plaisir. Et aussi pour le plaisir d'enfreindre, sous les yeux, vu le faisant. Peut-être pour fuir la fin, en volant dès le début ce petit supplément. Là, je déguste les dernières gouttes. Je vois bien qu'il n'y en a presque plus, mais je ne sais pas combien il en reste. Ce n'est pas sans fond, on se rapproche du fond, de la fin. On sait qu'on s'en rapproche, mais on ne sait pas de combien. L’écho est apparu avec l'étrier, signe que le mur est proche, mais difficile de savoir à quel point s'en est proche. C'est, arrivé presque au bout, qu'on sait que le bout est pour le coup suivant, peut-être un autre, si on est habile. Là d'habileté, il y en aura peu. Les contraintes arriveront d'elles-mêmes et on s'y pliera. Déjà, les contraintes se sont manifestées. Il faudra ... l'étrier, étriller ?

Hier, je n'ai pas fait la grasse matinée, je l'ai faite à peine, moins que d'autres jours. Je n'en suis pas encore à me lever tôt pour profiter plus, en allongeant la journée. Ce serait tricher, mais je le ferais peut-être, sûrement ! On ne se refait pas. Hier, j'ai pu un peu prendre le temps, mais pas beaucoup.

Je retrouverai cette vie, dont le souvenir ne me plaît pas. Trop, trop de tout, tout le temps. Pas de temps étiré, pas de temps calme. Le tourbillon reprendra. Et j'aime ce tourbillon. Je sais que j'aime cela, même si je m'en plains ces temps-ci, de plus en plus. Avant, je n'aimais pas les vacances, j'avais besoin de travailler. Puis, j'ai appris à faire d'autres choses que travailler. Puis, j'ai appris d'autres formes de travail, le travail pour soi. Il me suffit de me souvenir de ce que ça m'a apporté pour être prêt à y retourner, malgré la fatigue qui reviendra. Je suis prêt et ça me donne envie de prendre encore plus le temps que ça n'arrive. Étiré la fin. Je retournerai à ce que j'apprécie et qui m'apporte beaucoup, j'y retournerai et j'y vais en prenant des chemins de traverse.

Tags: traverse, écho, fin, fond, contraintes, étrier, temps