Le Jour d'Hier

Quelques lignes

Un corps droit

May 21, 2020 — LjdH

Hier, j'ai commencé à regarder La belle noiseuse, de Jacques Rivette (1991), avec Michel Piccoli et Émmanuelle Béart. Pour l’instant, je n'ai vu que la moitié des 3h38.

Quand le film est sorti, les garçons de mon âge ne parlaient que de son corps à elle. C'est vrai qu'elle est très belle, elle a un très beau corps. Et qu'elle est très souvent nue dans ce film. Elle pose pour un peintre. Ce qui est désagréable dans ces scènes de nu, c'est que l'artiste lui impose des postures douloureuses. Elle est nue, mais elle souffre de la position de son corps. Le peintre ne cherche pas à représenter un corps tel quel. Les artistes montrent des corps qui n'existent pas. Ce n'est pas une représentation d'un corps réel, mais d'un corps forcé, trituré, un corps fantasmé. Là, il ne se satisfait pas d'une peinture qui invente un langage et montre un corps imaginarisé. Comme un sculpteur avec son marbre ou sa terre, il torture son modèle, devenue son marbre, à qui il impose un dos droit, vraiment droit, comme si elle portait une machine à écrire sur la tête. Et on voit le personnage souffrir.

Elle est contrariée de vouloir poser, nue en plus. Que lui veut-il ? Qu'accepte-t-elle de lui, pour lui ? Et contrariée de la douleur qu'il impose à son corps, qu'elle accepte de s'infliger. Mais elle continue l'expérience. J'espère que la fin du film éclairera cela.

Une clef est peut-être ce qu'en dit son amant, le jeune peintre. Quand il l'a connue, elle n'allait pas bien, elle était prête à se jeter sous un train. La rencontre amoureuse l'a détournée de cette envie. Un corps qui lâche, un corps qui tombe, qu'elle ne peut maintenir ni debout ni droit, rattrapée par un autre qui s'intéresse à elle, puis un vieil artiste qui ne la prend que pour un corps, mais qui s'intéresse aussi à elle comme personne qui a des projets, des envies, mais dont il n'attend que le corps, certes sexualisé, mais pas pour coucher avec elle, plutôt pour la coucher sur la toile et inventer un tableau, espéré comme le chef-d'oeuvre absolu et qui a déjà son titre, mais qui n'est qu'un projet.

Je ne savais pas que Jane Birkin jouait aussi dans ce film. C'est pathétique parce qu'elle est formidable en ancienne muse qui veut que son amant retrouve sa puissance artistique et qui s'est effacé pour sa carrière à lui, son art où il a échoué face à l'absolu. Elle s'efface pour lui et les commentaires l'ont effacé. Terrible !

Tags: corps, droit, jeté, modèle