Le Jour d'Hier

Quelques lignes

Pater

December 27, 2020 — LjdH

Hier, j'ai de nouveau regardé Pater d'Alain Cavalier. Je l'ai vu autrement, maintenant que mon père est décédé. Notamment la séquence au début, où Alain Cavalier et Vincent Lindon racontent l'origine du film : le père d'Alain Cavalier est récemment décédé, il en parle à Vincent Lindon et celui-ci appelle le serveur du bar, où ils se sont retrouvés, par le prénom du père du serveur, qui le lui fait remarquer. Cet acte manqué fait signe à Alain Cavalier qu'il a été entendu par Vincent Lindon et qu'il sont raccords. Le film peut commencer.

Affiche du film  Pater

On ne sait pas si cette anecdote est vraie. Les premiers temps du visionnage de ce film, je cherchais à départager la fiction de la vraie vie, du réel. Mais c'est peine perdue, si jamais cette disctinction existe ou pourrait être pertinente. Ici, tout est vrai parce que c'est de la fiction, comme dit, à peu près, Vincent Lindon. Ici, le vrai, c'est ce qui est projeté, ce qui fait le film, nous sommes dans le monde du cinéma, qui a sa propre vérité, ses conventions, ses repères, le temps du film ! Il n'y a pas à se demander si c'est faux parce que c'est joué, car le jeu est vrai et ils jouent beaucoup tous les deux avec leurs personnages, l'histoire qu'ils racontent. C'est très agréable, ils nous montrent comment on peut jouer. Jouer à jouer, c'est très sérieux, c'est ludique.

Pour ce visionnage, ce qu'il m'en reste, ce sont les moments où le PR, qui se prend pour le père, provoque la trahison du dauphin. Il est allé le chercher pour qu'il réalise son désir particulier, puis le prive de cette réalisation, crée un manque qui contraint le dauphin à s'autonomiser pour réaliser son désir malgré le père, qui n'a plus de choix que de rentrer dans la compétition qu'il a créée et qu'il perdra, car trop vieux et mal placé. Provoquer la trahison et forcer le dauphin à la compétition alors qu'il idolatrait ce père. Je lis que je regarde encore ce film avec mes yeux d'enfant, pas encore avec ceux d'un père. César a créé Brutus !

Il y a aussi la ressemblance d'Alain Cavalier avec son père. La ressemblance physique qu'il nous montre et dont il se plaint : la même gorge, presque un goitre, une horreur ! Il s'en fait opérer, enlève cette marque du père sur son corps. Ne pas être comme lui, refuser la ressemblance et affirmer sa différence ! Freud n'aurait pas été lui-même, sans la haine et l'agressivité de son père qui dévaluait son travail de médecin neurologue et ne croyait pas en son fils, qui s'est montré un génie de la névrose. On surestime les effets de l'amour et l'on sous-estime la création engendrée par la haine et l'agressivité.

Vincent Lindon ne parle pas de son propre père, mais il joue avec un frère.

Tags: père, fils, dauphin