Passation
Hier, une collègue, qui a commencé sa retraite pendant le confinement, nous a annoncé qu'elle allait arrêter de participer aux réunions par video.
Elle avait proposé de poursuivre sa présence aux réunions pour aider au suivi de ses anciens dossiers. Ça a permis une passation mieux qu'en douceur, en grande efficacité. Chacun a pu, commencer en poursuivant son travail, se faire sa propre idée, partager les premières impressions et les discuter avec elle, de manière collégiale. Nous avons eu une passation d'une grande qualité. Et j'ai pu constater ce qu'elle apportait encore et qui ne serait plus là. Ce avec quoi nous devrions faire sans. C'est-à-dire que nous devrons inventer de nouvelles habitudes. Et je souhaite que cette exigence, ce sérieux qu'elle apportait, qu'elle provoquait en moi, soit toujours au rendez-vous. Il va falloir inventer comment ce sérieux me reviendra et qui ne tenait pas qu'à elle. Il ne s'agit pas de faire seulement avec son absence : je m'appuyais sur les discussions avec elle. Avec qui aurais-je ces discussions ? Aurais-je des discussions équivalentes avec un collègue actuel, avec qui créerais-je une nouvelle discussion qui n'existait qu'avec elle ? Que me manquera-t-il ? Quelle sera ma perte ? Sérieux et exigence sont ce que je localisais comme venant d'elle, comme ne venant de moi qu'en sa présence. Un peu comme la foudre qui ne vient pas du ciel, mais nécessite un ciel électrique. Il faudra bien que je comprenne que ça venait de moi ces phrases que je disais, en sa présence. Certes, le dialogue me soutenait, elle donnait la réplique. À moi d'être un plus autonome et de parier sur ce qui venait de moi pour le faire de nouveau sortir, mais sans sa présence. J'espère que je n'aurais pas à inventer sa présence fictive, virtuelle ! Me reste à éclaircir cette magie qui me faisait lui dire ça, ce qu'elel était pour moi, ce sérieux et cette exigence où je me hissais pour elle.